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Asperg, le 8 Août 1915
Bien  cher parents
 



C'est avec grande joie et une innefable consolation que je vais m'entretenir un moment avec vous pour vous faire savoir de mes nouvelles qui vont très bien pour le moment grâce à Dieu. J'espère que ma lettre vous trouvera aussi en bonne santé. Dimanche passé j'ai reçu 2 lettres de vous dont vous me parlez que vous allez tous bien et que les foins était bientot finie j'ai était fort surpris de se que vous soyez aussi avancé que sa pour les foins j'en était fort content.
Ce qui me fait plus de peine maintenant c'est que vous soyez sans nouvelles de François. Bien cher parents ayez toujours bonne espoir. Il est vrai que le temps vient long de rester si longtemps sans savoir se qu'il est devenu mais enfin encore une fois ayez espoir et si toute-fois il était disparu pour toujours il serait plus heureux que nous. Il y a quelque temps j'ai vu son nom sur une liste de disparu à la forteresse je n'ai pu me retenir de verser des larmes car je l'ai toujours considéré comme un frère et j'ai espoir de le considérer encore de la même manière. Je reviens encore une fois la dessus garder confiance et si l'est disparu il sera plus heureux que nous. Pour tant qu'à moi cher parent qui ai espoir de rentrai je serai à vous pour toujours et partout sans plus vous abandonnée car vous avez fait tout ce que vous avez pû et vous ne pouvez comprendre le service que vous m'avez fait.
Bien cher parents je vais revenir du jour où je suis parti pour le service ce jour la ma était un peu triste pour quitter ma demeure mais si j'avais su se qui me pendez encore au nez je ne sais se que je serais devenu se jour que je suis parti. Jusque se moment la nous n'avions fait que toute les manières pour se divertir et avec sa on n'était encore pas content il nous semblait qu'on aurait pu trouver mieux pendant qu'on était dans la joie. J'ai bien trouver se qu'il me fallait si un beau jour j'en sort je serait content d'avoir passer ou j'ai passé mais jusqu'a ce jour je vous assure bien en disant la vérité qu'on aurait désiré quitter ce monde.
Enfin je remercie encore une fois Dieu de me trouver encore à l'heure actuelle ou je suis car je sais bien  si jamais j'étais venu à  disparaitre j'aurai inspiré un profond regrets à mes parents.
Je m'entretiens pas plus longtemps avec vous pour aujourd'hui et c'est mais avec impatience  que j'attends de vos nouvelles j'ai écrit dimanche passé à ma soeur Adelphine maintenant je reçois souvent des colis de la croix rouge de Lausanne. Au revoir cher parent bientot au plaisir de vous revoir tous
Mudry Léon
Léon Mudry, dont j'ignorais l'existence, était le frère de la Marraine. Il écrit d'Asperg, qui se trouve en Allemagne, et reçoit des colis de la croix rouge: il est donc prisonnier de l'ennemi. C'est sans doute sa chance, car lui, il est revenu de la guerre. Sa fiche matricule aux archives départementales nous apprend qu'il s'est évadé d'Allemagne(*). La marraine avait également une soeur: Adelphine.
On le sait aujourd'hui, François est mort 10 mois auparavant, "tué à l'ennemi" à Vancourt dans le Pas de Calais. Il faut imaginer l'angoisse des familles, 1,3 millions de morts en France... En septembre 1916, les parents espèrent encore que François est prisonnier quelque part en Allemagne, et qu'on l'empêche de leur écrire...
La manière dont Léon parle de François laisse supposer qu'avant la guerre il vivait avec la famille, envers laquelle il se sent redevable.
Marie-Thérèse se souvient bien de ce Léon, qui est parti en Tunisie travailler dans une ferme, et qui envoyait chaque année une caisse d'énormes oranges à la famille...
Suzanne s'en rappelle aussi: Lors du mariage de Léon MUDRY avec Marie VULLIEZ, à la maison chez les Cottets, on a voulu lui faire pousser la chansonnette. Elle a trouvé son salut dans la fuite...
(*) Les fiches matricules de tous les soldats de 1865 à 1921 sont en ligne sur le site des Archives Départementales. Si vous voulez connaître la couleur des yeux de vos pioupious, c'est l'endroit!