Des nouvelles de François... (2)
Modane le 12 Août 1914
Chère soeur
... je crois bien que Prosper est parti aussi, c'est bien ennuyeux pour tous, mais que veux-tu c'est pour aller défendre la patrie, et puis il faut pas se décourager, avec la grâce de Dieu il faut espérer se trouver tous un jour en famille. Et surtout on n'est pas encore au feu, surtout Prosper. Chère soeur je puis te dire de vous amasser avec le papa et Louisa et blaguer un peu du pays, et pas vous faire de bile, avec la tante Tine et l'oncle,c'est le meilleur moyen de ne pas s'ennuyer...
2 septembre 1914
Chers parents on passe de biens tristes moments, je pense à vous toutes les minutes... je ne puis vous en dire davantage car il nous est défendu de dire ce que l'on fait...
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Lettre de léon Mudry
Quelques mois plus tard...
22 Septembre 1914 (le nom de la localité est barré, sans doute la censure)
... Ce qui me cause beaucoup de chagrin, je ne reçois pas beaucoup de vos nouvelles. A présent je crois que vos lettres restent en route...
Je pense bien que vous ne vous faites pas trop de bile, moi je m'en fais pas tant qu'on a la santé des deux côtés. Je puis vous dire que ce n'est pas toujours bien gai pour vous comme pour moi, mais enfin voilà bientôt deux mois de passés, et Dieu nous a protégé jusqu'ici. Il faut espérer qu'il nous conservera jusqu'au bout, afin qu'on ait le bonheur de se revoir en famille, et le remercier.
... Votre fils qui termine sa lettre en vous embrassant de tout son coeur et de tout son amour pour vous en attendant le plaisir de pouvoir vous embrasser de près et causer un peu du pays...
Votre fils qui pense à vous jour et nuit, Tournier François
François Tournier est tué une dizaine de jours après ce dernier courrier.
Un autre lettre nous parle de François, mais elle n'est pas de lui. Le 8 Aout 1915, il y a un an que la guerre fait rage. Léon Mudry écrit une lettre à ses "parents", et cette lettre nous raconte quelque chose que nous ignorions totalement, que la mémoire de Marie-Thérèse a remis au jour.
Mais lisez d'abord, et on en reparle...
La photo de cette lettre est peu lisible, aussi vous n'en verrez qu'un fond de page.
Raon le 13 Septembre 1914
Pour moi, vous savez, ce n'est pas toujours bien gai car on passe des moments assez durs... Vous me dites que les moissons ne vont pas vite, je le crois car avec le temps qu'il fait ça n'avance pas. Mais enfin prenez votre temps, parce que vous êtes encore tranquilles au Biot, si vous voyiez où les batailles se livrent, c'est épouvantable. Enfin si Dieu nous fait la grâce de se retrouver un jour, je vous en raconterai plus long...
Vous me dites que Prosper a eu une fille, tant mieux. S'il était au Biot il serait si heureux lui aussi, mais enfin nous espérons tous aller la voir un jour, car il faut espérer que dans 15 jours la paix sera signée, et qu'on pourra fêter tous ensemble....
Chers parents je ne vois plus grand chose à vous dire car je ne vois plus clair... bien le bonjour chez les Morand et à tous les parents, et vous ne vous faîtes pas de bile...
Quant à François, il fera partie des cohortes de soldats "morts pour la France", avec la mention "tué à l'ennemi", par un jugement du 25 Juin 1920